Et après, on fait quoi ?

Trois mois de contamination, quatre semaines de confinement, les règlements de comptes se font jour, la planète s'arrête et qu'entendons-nous ?  

            « Rien n'est fait, on manque de tout, c'est anormal, il faudrait faire comme ci ou comme ça,  y a qu'à, c'est le moyen âge, il faut essayer ce médicament, surtout pas cette molécule, moi je sais, lui ne sait pas... C'est la faute aux gouvernants, aux décideurs financiers, administratifs, économiques. Evidemment ! Ils ont privilégié les bénéfices, négligé les stocks, ils n'ont rien anticipé, ils ont vendu les outils de production, fermé les établissements. C'est la faute à la Droite, à la Gauche, au ministre Machin, au professeur Bidule, au patron Untel, au banquier Tartempion. »

            Le ton monte, les désaccords augmentent, les insultes apparaissent. À vingt heures aux balcons, les bonnes âmes clament leurs louanges aux courageux soignants pendant que les salauds pillent à la recherche d'un hypothétique matériel salutaire.

             C'est également la faute aux gouvernés, aux financés, aux administrés,  aux consommateurs. Eux aussi ont privilégié le gain, négligé l'essentiel, oublié de penser. Eux aussi ont vendu leur âme, fermé leurs regards. C'est la faute à Pierre, à Paul et à Jacques. Pour un peu, on en oublierait ce satané coronavirus. C'est curieux, personne ne l'a vu venir et tout le monde s'y attendait. C'est notre faute à tous, admettons ! Tous responsables, tous solidaires, désormais sauvons notre peau et protégeons la planète . Mea culpa, mea maxima culpa! 

            Mais nous allons nous relever. Nous allons nous battre et guérir et nous remettrons nos usines en marche. Nos unités de production seront relocalisées sur le territoire. Nous reconstituerons nos stocks, nous indemniserons les chômeurs et les entreprises. Nous emprunterons aux banques, tous ensemble nous gagnerons la guerre. Nous, nous, nous... recommencerons !

            Maintenant que tout a été dit, critiqué, contredit, approuvé, on fait quoi ?

            Quelles seront les conséquences de cette pandémie ? Les esprits naïfs ou ignorants, voire frileux, diront qu'il ne faut pas dramatiser, d'autres plus prétentieux affirmeront qu'aucun danger n'est à craindre, les plus  inconscients jureront qu'il est irresponsable d'affoler. Est-ce être défaitiste que d'oser regarder la réalité en face ?  Penser la suite, tenter d'anticiper sans ne rien refuser de l'évidence, quant bien même elle risque d'être douloureuse, est-ce être pessimiste ou réaliste?

            Le confinement MONDIAL ne va pas s'arrêter à un instant T décrété par la loi. Il va durer plusieurs mois... Pendant une très longue période, dont nul à l'heure actuelle ne peut en déterminer la durée, le monde sera arrêté. Situation aux conséquences inconnues puisque jamais jusqu'au XXIè, les pays n'ont été aussi dépendants l'un de l'autre. Même les guerres les plus destructrices n'ont pu bloquer l'économie. Le coronavirus, lui, est un ennemi invisible qui s'attaque à tous les peuples, sans distinction sociales, politiques ou religieuses. Avant la mise en œuvre d'un traitement efficace ou d'un vaccin contre le virus, la meilleure protection est donc le confinement. En théorie, une diminution du nombre de personnes atteintes devrait être observée. Les hôpitaux gèreront l'afflux des malades, l'approvisionnement du matériel de soins sera organisé et efficace. Médicalement parlant, on peut espérer une stabilité et une amélioration de la situation.                                      Economiquement il en sera tout autre chose. L'arrêt de l'activité économique aura provoqué des faillites, du chômage, des situations sociales et financières catastrophiques. Il sera impossible que les états puissent indemniser tout le monde. Même le système de protection sociale à la française n'y survivra pas. L'arrêt des activités provoquera des réactions en chaîne catastrophiques.                                                                                           Sans revenus, tous les consommateurs n'auront pour préoccupation première que de manger. Les autres dépenses passeront en second plan. Les règlements (  loyers, crédits, assurances, eau, électricité, etc... ) ne pourront être honorés. Les banques, les créanciers ne pourront exiger les remboursements. Il en sera de même pour les petites et moyennes entreprises, les artisans, les commerçants, les agriculteurs. Par effet induits, les grandes entreprises et les industries seront également frappées. Tout le système économique et financier sera en situation de faillite. Les états eux-mêmes appauvris, ne pourront pas exiger le versement des taxes et des impôts. 

            N'oublions pas que la situation est mondiale. Malgré les efforts innombrables fournis par tous les soignants, la pandémie fera particulièrement de nombreuses victimes dans les pays pauvres. Par manque de moyens sanitaires et médicaux, les pays du tiers monde risquent de vivre une insoutenable catastrophe humanitaire qui les appauvrira plus encore que les pays riches qui souffriront également d'une économie ravagée. Ces malheureuses circonstances rassembleront les individus dans un esprit d'entraide et de solidarité jamais vus depuis la dernier guerre mais il faudra un long temps avant que les gens assimilent l'incontournable réalité. Ce temps de réaction donnera aux derniers spéculateurs l'occasion malsaine d'augmenter les prix sur les produits de première nécessité, les délinquants et autres malfrats profiteront de la situation pour s'accaparer le bien d'autrui. Face à ce danger supplémentaire, certains pays n'hésiteront pas à faire régner l'ordre par l'armée. Les scénarios catastrophes pourraient être pire encore, mais il est inutile d'ajouter d'autres effets anxiogènes à la maladie et au confinement. Il n'est plus question de puissance financière, militaire ou religieuse mais de préserver la vie des peuples. Tout le contraire d'une guerre classique.  Rarement dans l'existence  de l'humanité, le pouvoir de l'argent aura été plus faible que celui de la vie.

             L'heure n'est plus à désigner un coupable mais à anticiper. Tous les décideurs politiques et financiers du monde devront se concerter et accepter les faits. Puisque la situation est la même pour tous les pays, tous devront faire une pause et reporter TOUS PAIEMENTS, du haut en bas de l'échelle économique. Si à tous les échelons, cette pause est réelle, personne ne paiera personne. Le temps d'arrêt de tous règlements devra être réparti sur plusieurs années, du crédit familial en passant par les salaires, les factures, les crédits, les dividendes et toutes actions financières.  Ne serait-ce pas l'occasion de gommer la dette ?

Pendant ce temps, évidemment, la Terre ne s'en portera que mieux. Plus de pollution. Les animaux pourront de nouveau occuper leurs territoires, la nature reprendra ses droits.                        En ce début de pandémie, les défenseurs de la nature s'accordent à dire, avec raison, qu'il est grand temps d'arrêter le massacre de notre planète et que ce virus inattendu va régler le problème. Après, quand tout sera terminé... il faudra suspendre la déforestation, la fabrication de toutes sortes de plastiques, interdire les emballages polluants, limiter nos véhicules émetteurs de Co2,  limiter le renouvellement vestimentaire, privilégier nos déplacements de proximité et réduire les voyages à l'étranger. Il nous faudra manger les produits locaux et de saisons. Il faudra réapprendre à vivre l'essentiel: se nourrir, s'abriter, se vêtir raisonnablement.  Ce sera long, parce qu'il faudra réapprendre les gestes perdus, le savoir perdu, la sagesse oubliée.

            Sommes-nous prêts, dès à présent, à vivre autrement ? Aurons-nous suffisamment compris la leçon pour accepter ce retour à une vie plus...humaine ? Saurons-nous accepter la diminution de l'assistance technologique, serons-nous capables de définir les professions indispensables et les inutiles ? Accepterons-nous la disparition des professions indésirables ? Nous contenterons-nous de découvrir plus souvent le monde dans des livres? Serons-nous disposés à délaisser nos ustensiles dévoreurs d'énergies, producteurs de matières nocives ?  Parviendrons-nous à "oublier" l'argent ? Car ne rêvons pas, pour parvenir à ce nouveau bien-être, à ce paradis tant espéré, il nous faudra, en être humain responsable, apprendre à faire le sacrifice d'un certain confort, à répartir les richesses restantes. Il nous faudra réapprendre à nous contenter de ce que l'on a, à placer notre ambition non pas à travers la fortune, le paraître et l'individualisme mais dans la recherche de la simplicité, de la dignité et de l'altruisme.

            Avant qu'un autre virus plus destructeur ne réapparaisse, la loi du plus fort aura-t-elle reprit ses droits ? L'Homme sera-t-il redevenu l'Homme ?

            En attendant, il nous faut enterrer nos morts, faire le deuil de nos chers disparus. Il nous faut guérir.

Gardons espoir ou... rêvons ?

 

Le raid de Covid Corona

Covid Corona

alias Covid-19

 

Depuis le temps  que vous en parlez !...

« Le monde tourne à l'envers, les gens sont fous, on marche sur la tête. Ça ne peut plus durer, c'est n'importe quoi,  ça va péter... »

Nous y voilà. Rien ne va plus, c'est la guerre !

Mais pas la guerre qui devait arroser la planète de missiles, encore bien moins celle qui allait à coup sûr contaminer l'espace satellitaire. Non ce genre de guerres eût été trop simple. Quelques pétards envoyés vite fait bien fait et il n'aurait subsisté de vous que le souvenir.  Trop facile !

D'autres fléaux plus discrets et tout aussi efficaces existent pour vous empoisonner l'existence. Je suis de ceux-là. 

            Oubliez les petites guéguerres habituelles !  

            Nul besoin de grèves illimitées, de manifestations, de protestations. Inutiles les blacks blocs, les gilets jaunes, les mouvements terroristes, les contestations révolutionnaires. Peine perdue les cris anti-ceci ou pro-cela, dépassée la lutte des classes et ses faux espoirs. Éclatés les conflits internationaux, les guerres du pétrole, les conquêtes de terres riches et les spoliations de métaux précieux. Consommée la course au fric, culbutée la fuite en avant, minimisé le toujours plus, flingué le paraître, le meilleur, la plus belle, le plus adulé, la plus sexy.

Fini tout ça ! Clac ! Dans la boîte, confinés les cons finis !

Terminé le comportement individualiste.

Il va falloir vous y faire les amis. Je dis amis parce que vous êtes l'essence même de mon existence.

            Peu importe où et comment je suis né. Que j'aie vu le jour à cause d'une relation douteuse entre une chauve-souris et un pangolin, d'un trafic ignoble d'animaux  ou que je sois le fruit d'une "malencontreuse" manipulation  secrète de produits dangereux par des apprentis sorciers planqués dans un laboratoire, en Chine en France  ou ailleurs, aujourd'hui les faits sont là. Le monde tremble et vacille face à mon petit business qui fonctionne à merveille. Il faut vous y faire mes chéris. Covid est là! Covid Corona. Un drôle de coco hein ?  Oui, oui, je fais partie de cette grande famille mais je suis très jeune puisque je suis né il y a à peine un an, d'où mon surnom Covid19.

            C'est vrai ! Je suis parti de Chine, de Wuhan exactement. Vous ne connaissiez pas ? Ah oui, c'est vaste la Chine, c'est un grand pays avec beaucoup d'habitants. Il y a du potentiel. Je me suis dit que là-bas, ils étaient tellement nombreux qu'en éliminer quelques milliers, voire un ou deux millions  ne devrait pas être bien difficile. Sans compter les pays aux alentours qui ne cessent d'augmenter leurs populations au point de risquer l'implosion. À défaut de pouvoir réguler leurs naissances, si je pouvais les aider à limiter leur progression démographique je ferais un beau geste pour la planète qui, je dois vous le dire, commence à en avoir ras les pôles que se renouvellent sur son sol les mêmes conneries et ce depuis longtemps, très, très longtemps. Et toujours par la même espèce.

            Je sais, mon comportement est diabolique, (en matière de comportement, vous n'êtes pas mal non plus hein, mais on en reparlera). J'ai donc réfléchi quelque temps en me planquant sur un marché aux poissons, toujours en Chine. Aux dires des occidentaux, l'endroit était sale et négligé. Moi je l'ai trouvé plutôt appétissant. Ça puait ! Hum, la belle aubaine!  À ce moment là, j'ignorais encore mon pouvoir. Quelques morsures de-ci de-là,  sans me montrer, suffirent à faire vaciller plusieurs vieillards qui ont aussitôt transmis mes codes d'attaque à leurs proches. Une véritable traînée de poudre. Dans le pays inventeur des feux d'artifices, je trouvais ça original  et j'étais fier de moi.  Ah oui, parce que je ne vous ai pas dit, je suis très orgueilleux et prétentieux. L'insolence et le mépris pour le genre humain sont mes fers de lances. Ils animent mon côté pervers, mon esprit sadique, je suis un vicieux, un sournois, un tueur ! Personne ne croit en mon existence, tout du moins pas avant d'être mordu. C'est là mon avantage. C'est drôle, parfois, j'ai l'impression qu'on se ressemble.

             Après plusieurs semaines, les événements ont tourné au vinaigre chez les Chinois (au fait, un petit conseil, le vinaigre ordinaire n'est pas efficace pour me gommer, utilisez plutôt du vinaigre blanc. De rien c'est gratuit). La promiscuité a favorisé mon emprise. En un rien de temps, j'ai réussi à abattre plusieurs centaines d'individus, surtout les plus âgés. Comme mon agressivité ne faisait pas plus de victimes que ma cousine Gripette, personne ne s'est inquiété. Cette indifférence, je dois le reconnaître, m'a un peu agacé. Alors j'ai remis le couvert. Sans sélection, j'ai tiré sur tout ce qui bougeait avec un plaisir jouissif. Très vite, les hôpitaux furent saturés. Et comme les humains se croient toujours plus malins que la nature, ils se sont fait dépasser par ma traîtrise. Attention, je ne mets pas tout le monde dans le même masque. Certains ont réagi très vite et avec le plus grand sérieux. Je pense à ce médecin par exemple, qui a tenté d'alerter les autorités de son pays. Encore en relative bonne santé, il s'est vu menacé d'emprisonnement pour propagation de fake news ( elle me plaît bien cette définition mensongère et perverse ). Bon moi, c'est mon but de supprimer les bonshommes, les voir se défendre, ça m'excite. Mais là, ils n'ont pas compris la chance qu'ils avaient de pouvoir freiner mon avancée. Ils l'ont laissée passer. Résultat, le toubib est parti avec ses avertissements, celui de la police et le sien.

            J'ai commencé à baliser lorsque les autorités chinoises ont réagi. Quand je les ai vus monter un hôpital en dix jours, là franchement, je me suis dit qu'il était temps que je me casse de ce pays pour d'autres moins méfiants. De toute manière, j'avais fait le job, il pouvait prospérer sans moi. Et puis, je ne voulais surtout pas me faire pincer, là-bas, ils ne badinent pas avec les belligérants. Si mes calculs étaient exacts, il devait y avoir, un mois ou deux plus tard, des centaines de milliers de victimes. C'était sous-estimer leur capacité de réaction. Ils se débrouillent pas si mal les Asiatiques. Vous devriez prendre exemple. Après mes multiples agressions, ça chauffait dur pour mon matricule, visiblement, les rôles risquaient de s'inverser, le confinement chinois allait me tuer. Me tuer, moi, Covid Corona, si jeune et en bonne santé !

            C'est alors que se présenta la chance de ma courte vie.

             Pendant que tous les acteurs jouaient scrupuleusement leur rôle de sauveteurs, les étrangers résidant en Chine commencèrent à choper la pétoche, soit de ne pas pouvoir retourner dans leur pays d'origine par l'obligation dictatoriale de rester cloitrés, soit de récolter ma petite saloperie. Ils se ruèrent  avec bagages, femmes et enfants dans leurs avions respectifs à destination de tous les continents. À ce moment-là, je me suis bien marré ! Ces opportunistes m'offraient une occasion inespérée de m'évader et d'étendre mon activité. Si je ne voulais pas mourir sur place, je devais m'éclipser au plus vite. Après tout, à chacun son tour de profiter de la mondialisation.

            À l'insu de tous, je me suis donc glissé parmi les voyageurs pressés  de retrouver leurs êtres chers, impatients de les serrer dans leurs bras, de les embrasser, de leur dire combien ils les aimaient et de manifester leur joie à passer auprès d'eux quelques jours  de bonheur. Une semaine tout au plus, car assurément, ces retrouvailles ne dureraient pas longtemps. Il serait urgent de repartir dans le pays d'accueil si généreux pour le portefeuille.

            Hé, hé ! Ils se préparaient à une séparation...mais laquelle ?

      Pendant tous ces voyages aériens, j'en ai profité pour en remettre une couche. Personne, mais absolument personne ne s'est douté de rien...dans les avions... parce que, au sol les plus malins ou les moins naïfs commençaient à gronder, tout du moins à se méfier de moi. J'ai laissé un bon nombre de mes clients rentrer tranquillement au bercail et j'ai éperonné les autres, comme ça, au hasard, juste pour semer un peu la pagaille, le truc pas méchant quoi !

            Après une courte période d'incubation, j'ai dirigé mon assaut vers un pays que j'avais envie de visiter depuis mon départ. Un pays latin ! Un pays où les gens parlent autant avec leurs mains qu'avec leur langue. Ouah, intéressant ça les mains ! Un pays qui chante, un pays qui rit, un pays qui aime faire la fête, un pays qui aime l'amour. L'idée de me voir plonger à corps perdu dans sa botte décupla mes forces. J'allais pouvoir prendre mon pied, ça me changerait des fosses nasales engluées et des muqueuses baveuses. J'avais oublié que la botte en question n'était que terrestre et que plus je descendrais vers son talon, moins je serais efficace. Il me fallait du monde, du brassage de chair humaine, de l'échange corporel, du contact rapproché, bref de la vie !

             D'autant que suite à mon séjour asiatique où la loi règne en force, je débarquais sur le vieux continent où la plupart des résidents prônent, au nom de la liberté individuelle, le droit de tout faire et de tout dire. J'avais hâte de rencontrer ces humains indisciplinés, souvent certains de détenir la vérité, ces crieurs de paix qui ne cessèrent de se taper dessus pendant des siècles, mettant leurs pays à feu et à sang pour la défense d'idées de quelques bouffons et plus encore de leurs intérêts. Ceux-là même qui, non satisfaits de leurs richesses, envahirent d'autres continents au nom de l'enseignement du savoir, de la bien-pensance, de la bienfaisance de l'humanité, de la bonté de leur Dieu tout puissant les autorisant à massacrer l'opposant aux empires coloniaux et à condamner  les survivants à l'esclavage. Pour l'heure, je laisse tranquille les descendants de ces malheureux peuples qui paient encore la note de la colonisation. Enfin, je verrai, tout dépendra comment tourneront les affaires.

             Je me souviens particulièrement du siècle précédant pendant lequel ces continentaux trouvèrent le moyen de s'entretuer par deux fois en trente ans pour s'attribuer ou défendre quelques lopins de terre. Pas moins de deux guerres mondiales ! Des dizaines de millions de morts ! Quatre années de boucherie dans les tranchées pour sauver l'honneur des généraux. C'est à la fin de ce conflit que ma grand-mère finit le sale boulot en ajoutant d'autres millions de morts en se déguisant en cruelle Espagnole. Vingt années plus tard, vous avez déterrez les souvenirs ! La terre connut le pire massacre jamais exécuté auparavant, à cause d'un fou hystérique pas autant détesté qu'on a bien voulu vous le faire croire. Par derrière le décor, sa "fureur" arrangeait bien les affaires des vendus. Bref, cinquante millions de morts! Comme ça, paf ! Remarquez, les voisins de l'Est, instigateurs des terribles goulags et ordonnateurs des exécutions  infligées à qui refuserait l'usage de la faucille et du marteau  n'ont rien eu à revendre en matière de bonté, pas plus que les lointains cousins dans les plaines de l'Ouest, les fiers enfants de l'Oncle Sam. Quand bien même leurs troupes avaient traversé par deux fois l'océan pour combattre la barbarie, leurs barouds d'honneur et leur désir permanent de se proclamer gendarme planétaire n'effacent pas le génocide d'un antique peuple pacifique par leurs aïeux en quête du nouveau monde. Leurs autres actions, moins guerrières certes mais sournoisement menées au profit du billet vert, ont démontré leurs véritables sentiments. Et je ne pense pas que l'arrogance de leur grand chef blond arrange l'avenir, bien que, à l'heure où je vous écris, il chercherait enfin à protéger ses boys sans contrepartie financière... Il aurait, parait-il, ouï-dire qu'une espèce de Buffalo Bill vivant au pays de la sardine aurait inventé un élixir...   À suivre...

            Alors ma courte expérience comparée aux  actes odieux de votre histoire, c'est du pipi de chat! Vos leçons de morale, bonjour !

            Mais revenons à nos moutons.

            Je suis peut-être un petit rigolo, il n'empêche que  tout le monde commença à flipper dans ses baskets. Enfin, quand je dis tout le monde, je parle des gens du milieu médical. Avec internet, maintenant c'est fastoche de lancer l'alerte auprès des copains et de se grouper pour sauver des vies. Pour les autres, les tous malins, les incrédules, les m'as-tu vu, avec le printemps tout proche, l'heure n'était pas à la protection mais aux bains de foule.

            Je décidai donc de continuer mon aventure dans la botte italienne. Quel merveilleux pays ! Par où allais-je commencer ? Pas dans le Sud, je l'ai dit, trop dépeuplé, pas assez riche, pas assez fou. Je me posai tranquillement dans le Nord, là où les villes grouillent de monde, là où l'on s'interpelle d'une fenêtre à l'autre, où l'on s'invective sans rancune du trottoir d'en face à la fenêtre sous les toits, de la terrasse d'un bar à la proche pizzeria. Là où l'on peut encore siffler le ragazze sans risquer une condamnation sévère pour agression sexuelle aggravée. Je savais ce pétillant terroir pénalisé par quelques difficultés financières et médicalement sous-équipé dans sa région méridionale. Je n'ai pas hésité. J'ai frappé ! Partout, dans les rues, sur les places,  dans les usines. J'ai piqué le jour, j'ai mordu la nuit. L'Italien est un sanguin, il vit, il respire, il parle, il bouge ! Et ça, ça me plaît. Très vite, ils furent saturés de malades et cela m'enthousiasma, je redoublai mes assauts. Mon plan machiavélique fonctionnait.

            J'ai dû redoubler de puissance lorsque les Chinois apportèrent leur expérience et leur connaissance du fléau (moi). Comme si la récupération du marché mondial ne leur suffisait pas! Sur leurs conseils, les dirigeants de la péninsule décidèrent le confinement total de la population, ce qui fit sourire, à tort, leurs voisins gaulois (ceux-là, je leur réserve un tour à ma façon). La consigne ne fut pas immédiatement entendue. J'en profitai pour faire quelques piqûres de rappel. Tout d'abord aux plus fous, autorisés à franchir la barre alpestre afin de tout bonnement supporter leurs dieux champions à frapper la baballe. Ensuite j'encourageai les plus chanceux à fuir là où il faisait bon vivre au soleil, jusqu'au talon de la botte, voire plus loin que la pointe, sur les deux cailloux.  Les cons ! Leur exode ne faisait que de me faciliter le travail. Là où ils pensaient me fuir, ils m'emmenaient avec eux. Au pays des citrons, je chauffai les corps plus que ne le pouvait le soleil. Peinard ! La colère est montée chez les innocents. Je l'ai comprise, tout comme j'ai entendu le désespoir de tout le personnel médical, des pompiers et de la police. « Mais qu'est-ce qu'ils sont allés foutre là-bas ?» Moi je ne voulais pas m'en prendre à tout ces gens ! Je ne leur avais rien demandé. Je voulais simplement toucher un peu de monde,  un petit rappel à l'ordre, pour faire peur quoi !  Malgré les apparences, je suis un monstre sensible et très organisé.

            Les Transalpins avaient prévenu ! « Attention, ça va être terrible ! » Tous les peuples de la planète ne pouvaient désormais nier mon pouvoir.

             Même pas peur ! Pas de panique, il y en aura pour tout le monde !

            Je pris aussitôt mes cliques et mes claques en laissant gentiment aller ma besogne. Les avions de ligne faisaient le boulot. Les aéroports assuraient le transit, les trains, les taxis et les bus prenaient le relais, les voyageurs voyageaient! Nickel !

             D'autres pays latins m'attiraient. Je fis un détour pour essaimer dans l'autre péninsule, ibérique cette fois, où là aussi, j'avais de fortes chances de sévir. Tiens ça me fait penser qu'il faudra passer à Séville. Cela me prit très peu de temps. Discrets les Hispaniques sur ma corrida ! Esprit latin mais discrets. Fiers comme le torero ou la danseuse de flamenco. Muet, le dos bien droit, les yeux noirs. On creuse les reins et on relève la tête ! Ollé ! On gratte la guitare, on frappe dans les mains, et on chante en postillonnant !  J'ai adoré !

            Après la fiesta, certain que Don Quichotte ne chercherait pas à bloquer mes ailes, je continuai ma route vers le nord. Alors là mes amis, l'apothéose, le succès, le jackpot ! Le panachage latino-gaulois ! Du culot, du bla-bla, des grands gestes mais pas grand chose dans le froc. Pas étonnant qu'ils aient choisi le coq pour emblème, le seul animal à crier victoire en ayant les deux pieds dans la merde !

             Dans cette contrée, la responsable de la santé avait juré, trois mois auparavant, que jamais je ne parviendrais à m'introduire dans leur grand pays. « Aucun risque, assurait-elle ! Si Covid Corona  décime les petits Chinois, il est trop minable pour nous attaquer, nous les champions de la médecine, les rois de la pharma, les superman de la prévention !»

             Tu parles Charles ! Les rois de l'embrouille oui ! Qu'est-ce qu'elle croyait la buse, hein ? Que j'allais faire demi-tour à la frontière et rentrer au pays ? Je m'appelle pas Tchernobyl moi ! Trop tard ! Le temps pour elle d'abandonner le navire et d'embarquer sur un rafiot vers l'arche perdue... d'avance,  le temps pour la presse de chercher encore à comprendre comment un benjamin marcheur avait pu être désigné porte-voix d'un paquebot alors qu'il n'avait d'autre passion que d'amarrer à une bite un boute cinématographique, j'étais déjà dans la place.

            En avant moussaillons ! À l'abordage !

            Après un bref passage dans la ville lumière, histoire de m'accrocher à quelques postillons sur les nappes des bouchons lyonnais, de ratisser le stade de foot en m'assurant que les supporters Italiens faisaient leur boulot, après un détour en ÎIle de France pour provoquer une légère diversion, je me suis laissé porter au gré du routard vers le pays du Riesling. Je ne crains pas l'alcool, sauf le vinaigre mais ça je vous l'ai déjà dit. Coup de bol ! Arrivé à Mulhouse, qu'est-ce que j'entends ? Des chants et des prières ! « Chouette, me dis-je en activant mes spicules. Je vais faire un carton !» Parmi tous ces gens respectables confinés avant l'heure mais dans un lieu de culte, je n'eus aucun mal à passer d'un fidèle à un autre. Au diable le bon Dieu, j'allais gober des évangiles en or. Quelques jours plus tard, la bombe éclata sur toutes les chaînes de radio et de télévision, après le Val d'Oise, le Grand Est était touché. Yes !

            Avec raison, les autorités sanitaires alertèrent l'opinion. Il fallait à tout prix arrêter ce tsunami (encore moi ) avant qu'il n'atteigne d'autres régions et surtout pas la capitale. Mais c'est qu'ils furent rapides les bougres d'adeptes au bonheur divin et prêcheurs du partage. Ah ça, pour partager ils ont partagé ! Bon d'accord. À leur décharge, ils ne se doutaient pas que mon ami Satan détestait les bondieuseries à un point tel qu'il n'hésita pas à me donner un coup de main pour balancer la purée. Un coup de main... Oh, ça va je rigole ! Pas le choix, je m'y suis collé ! Ah mes aïeux quels dégâts !

            Malgré les différents rappels du risque de danger, les Gaulois ( j'aime bien les appeler comme ça, je trouve que ça leur va bien ),  comme d'habitude, continuèrent la ripaille. Ils se remplirent à nouveau une cervoise, dégustèrent un sauciflard supplémentaire, se resservirent un pichet de picrate sans trop se soucier du sort de leurs amis transalpins, ignorant bien plus encore  la fin tragique des lointains Asiatiques à qui ils venaient d'expédier en quantité des masques protecteurs fabriqués et livrés un an en arrière par ces mêmes Asiatiques. Solidarité oblige !

            Quant à leurs concitoyens, jamais au grand jamais ils ne pouvaient être touchés par ce minus. Merde alors ! Tout ce mal pour rien ? C'est à ce moment- là que je décidai de passer la seconde et ficher la trouille. Les soignants hurlant au fou, le grand chef, euh, le p'tit chef, enfin, le chef quoi, fit une annonce à la télé. Pas très clair le type ! Pas trop sûr de son coup.

            « Restez chez vous !, qu'il disait. Moi je vais au théâtre. Ne renonçons à rien, ni à rire ni à chanter. Ne nous laissons pas priver de liberté.»

             Deux jours plus tard, pour faire preuve de fermeté, son premier subalterne accorda quatre heures aux propriétaires de bars, de restaurants et d'hôtels pour éjecter la clientèle. Quatre heures pour libérer les comptoirs, évacuer les terrasses, vider les salles, abandonner les chambres.

            « Mesdames et messieurs, posez les fourchettes, buvez cul sec, rhabillez-vous. Ne passez pas par la case départ, ne recevez pas frs vingt mille,  allez en prison, rendez-vous directement en prison! On ferme boutique, faute de quoi, on envoie les flics. »

            Autrement dit, rentrez chez vous les fêtards, les pochetrons, les crevards, les amants et les cocus,  vous êtes en infraction.

            Au poil ! Ça commençait à paniquer dans le pays de Vercingétorix !

            L'entêtement prévalant face à la raison, sur ordonnance du souverain avec l'appui discret du puissant flic maître d'un beau veau isolé, les Gaillards furent invités à se regrouper le lendemain pour partager, non pas cette fois la bonne parole, mais leur devoir civique qui consistait à se rendre dans un lieu public, à introduire un bulletin dans une enveloppe prise sur une table sous surveillance, glisser le tout dans la petite fente d'une boîte hermétique mais transparente avant de foutre la trouille aux surveillants en présentant une carte sur laquelle était inscrit leur nom, après qu'un garde assermenté eut prononcé leur identité à voix haute sans négliger l'éjection de quelques postillons discrets, à tenter de confirmer l'indispensable acte civique en griffonnant à l'intérieur d'une minuscule case n'acceptant pas plus de trois lettres une signature à l'aide de son propre stylo ou d'un Bic public rigoureusement désinfecté à l'aide d'une solution hydro-alcoolique  par un assesseur pétrifié par une imminente infection. A  voté !

            Premier tour réussi d'une mascarade organisée pour ne pas perdre la face sans serrages de mains, sans embrassades ou autres contacts physiques, en se tenant, tout de même, à un mètre, pas plus pas moins, de toutes personnes présentes. Ainsi, cette saleté ( toujours moi ) venue de Chine ne perturberait pas l'élection du conseil. La République resterait debout.

            Franchement mes loulous, vous m'avez déçu. La moitié d'entre vous boudèrent le scrutin. Par méfiance, me dites-vous, puisque le danger de mort était annoncé. Parmi ces contradictions, comment ne pas en perdre son latin ?

            Ok, ok, ok ! Le latin...Ah oui, j'avais oublié. Gaulois et Latins ! Ça fait beaucoup pour un même peuple. Pas grave ! Malgré tout j'avais fait mon boulot. Selon les statistiques, la multiplication des cas graves devait se faire sans effort de ma part. Par conséquent, l'annulation du second tour ne m'étonnerait pas.

            Bingo ! Quelques jours plus tard, la saturation annoncée dans les hôpitaux se précisait et faisait réagir. Mon affaire était en pleine expansion. Ma mayonnaise prenait. Que flottent les pompons, le premier tour de manège électoral n'aurait jamais dû avoir lieu et le deuxième était reporté à la Saint- Glinglin.

            Attention au départ ! Laissez passer les petits enfants, sucez les sucres d'orge, on n'oublie pas le service, merci ! L'école est finie !

            Tous les lieux du savoir pour petits et grands seraient désormais fermés. Hop ! Les mômes à la baraque et les parents débrouillez-vous avec ça ! Casez vos mioches chez vos vieux, ils n'ont que ça à foutre. Oui mais il y avait un hic ! Les vieux, c'est ma meilleure part. Tant pis on verra plus tard. Les profs ? Utilisez votre téléphone pour assurer vos cours et...dé-mer-dez-vous!

            Moi je m'en foutais, les jeunes ce n'est pas ma cible et ils allaient m'aider.

            Le chef réapparut à nouveau pour causer dans le poste. L'heure était très grave et l'appel solennel. « C'est la guerre !» répéta-t-il six fois au cours de son allocution. Rien à voir avec l'appel de 1940 ... Ici Londres... lancé par un autre général, un vrai cette fois, qui en avait autant dans le pantalon que sous le képi. Non, le cri d'alarme ressemblait plutôt à celui d'un maréchal perdu... « C'est le cœur serré que je vous demande... »

            Malgré tout, vous alliez vous en sortir. L'ennemi n'avait qu'à bien se tenir ! L'empereur serra les poings et implora ses grognards à se mobiliser pour lutter avec courage et détermination.

            « Aux armes citoyens ! Marchons, marchons... »

            C'est cela oui, marchons... Maintenant que 90% des villes et villages avaient élu leur futur maire, les citoyens devaient, toujours par civisme, se confiner chez eux. Futé le mec ou incapable ?

            « Ne bougez plus, ne sortez plus ! Planquez-vous pendant quinze jours ! Seulement quinze jours. La seule et unique manière de tuer Covid19 ( toujours moi ). D'ici là, le matériel tant attendu par les médecins sera distribué par monts et par vaux et tous en sortirez vainqueurs.»

            Sauf moi bien sûr !

            Confinement total ! Toutefois, afin ne pas créer de traumatismes psychiques suite à un enfermement prolongé de quelques jours, celles et ceux qui voudraient faire leur marché, se rendre à leur travail ou faire un petit jogging pouvaient prendre l'air. Les autres, développez le télétravail !

            « Il faut bien que le pays continue de vivre et de produire. »

            Ben tiens Lucien ! Ce serait idiot de bouffer trop de pognon. D'autant que la promesse faite les yeux dans les yeux d'indemniser, quoi qu'il en coûte, tous les salariés, les artisans, les chômeurs, les commerçants, les fonctionnaires et toutes les entreprises était lancée... Juré craché !

            « Si vous prouvez que vous êtes restés chez vous, vous serez indemnisés. Si vous êtes allés travailler, vous serez récompensés. Si c'est le contraire, pareil !  Dans le cas inverse, aucune aide ne vous sera attribuée. En attendant, vous les soldats, battez-vous, prenez les armes et défendez-nous ! »

            Vous avez compris cette stratégie vous ? Pas moi ! Du coup, je ne savais plus où taper !

            Pendant que toute la cour applaudissait l'initiative, moi, je me pissais dessus. Excusez l'expression mais ce genre de gauloiseries ne fait qu'alimenter mon venin.

            Quinze jours qu'il avait dit !

            Les masques de protection m'interdisant toute action et les tests capables de me dépister devant être livrés le lendemain, le peuple et ses courageux protecteurs sanitaires pouvaient dormir tranquilles. J'en profitai pour tartiner une couche supplémentaire avant la prochaine livraison.

            Je sais, je suis un salaud. Je prends les gens en traître, sans pitié, sans distinction d'âge ou de sexe, soignés et soignants, je m'acharne sur  des êtres volontaires ou déjà malades ( ben oui c'est plus facile ). Je n'ai aucun état d'âme. Voir mes victimes s'éteindre seules, dans une détresse insupportable, laissant derrière elles une absence incommensurable ne fait qu'empirer ma soif de destruction. Plus les humains sont touchés, plus j'en abats. C'est comme ça chez moi, c'est viral.

            Les annonces assassines ( pour moi aussi ) continuèrent de tomber.   

            « Allo, allo ! C'est la guerre ! Tous aux abris mais sortez travailler ! Continuez de faire vos courses, pas longtemps, pas trop loin de chez vous. Faites votre marché, pratiquez le jogging mais pas à plus de 500 mètres de votre domicile. Hourra, vive le sport ! Justifiez votre changement d'air en présentant à la police non protégée, une dérogation remplie en bonne et due forme, signée de votre main, ( votre main, hi ! hi ! en évitant de cracher, cela va de soi ). Attention, une feuille par sortie, par jour et par personne. Surtout ne cédez pas à la panique ! »

            Comme si  un laissez-passer autoproclamé  et souvent bidon allait arrêter mon œuvre ! « Je me marre ! » aurait dit le Mec en salopette rayée, instigateur des Restos du cœur. Quoi que! Je ne suis pas certain qu'il ait apprécié la manière dont les autorités traitent le bordel que j'ai semé.

           « C'est la guerre et battez-vous ! » réitéra le chef à ses soldats. Seulement voilà, les armes, quand il y en a, elles sont livrées au compte-gouttes. Les munitions  promises depuis plusieurs semaines n'étaient toujours pas livrées sur le champ de bataille. C'est pas moi qui allais m'en plaindre, la riposte que je craignais semblait être ralentie par une logistique défectueuse. On se croirait dans un autre siècle où la guerre faillit tourner au vinaigre ( le vinaigre, n'oubliez pas ) à cause de la perte de temps à enrouler les bandes molletières. Manquerait plus qu'on rate les taxis de la Marne !

            Comment faire ? Que dire ? Puisque les stocks se faisaient rares, la directrice de la com. prit part au débat: fallait-il porter le masque et pratiquer le test de dépistage ou ne fallait-il pas ? « Vouloir se protéger ainsi ne servait à rien! » affirma-t-elle. D'ailleurs, elle-même, malgré son immunité officielle, avoua ne pas savoir utiliser un masque. Il suffisait de se laver les mains pour ne pas me récolter dans le pif.

             Être ou ne pas être si bête ! C'est pas fort de café ça ?

            Élémentaire mon cher Watson ! Il n'y a pas de masques pour les gueux ! Alors inventons n'importe quoi !

            Précautions et recommandations incontestables à profusion, le personnel hospitalier et de secours réclamait toujours ces putains de masques et ces introuvables gants. Faut pas déconner quand même ! Au risque de leur vie, les gens sacrifiés en première ligne font le maximum pour sauver leurs semblables et l'intendance ne peut pas suivre? Je suis un fourbe mais là, je dois vous avouer que je suis sidéré devant tant de mensonges. Je n'en connais pas les causes, mais, pour ma part, la bataille devient trop facile. Ce n'est plus marrant.

            « Mais il est passé où ce matériel, bordel de merde ? »  Ça y est ! Ma chienlit incite à vous rejeter les fautes. Génial  ! Y en a même de ceux qui disent qu'y paraîtrait que, sous le règne de Flamby, tout le stock  aurait rissolé en Touraine. Je n'y comprends rien moi ! Vous êtes compliqués les Gauluches ! Si ça continue, vous allez encore vous battre entre vous. Ah c'est dans les gènes chez vous, ce truc-là !  Ça vous emmerde tant que ça, le "vivre ensemble" ? Bandes d'enfoirés !

            « C'est la guerre ! Défendez-nous ! » décocha avec colère la préposée au B.T.P. Vous savez, la profession qu'il ne faut pas trop chatouiller, un peu comme celle des routiers. « On veut bien bosser mais faut pas trop nous emmerder et surtout pas se foutre de notre gueule !» lui ont-ils répondu. Faut dire que traiter de tire-au-cul et de profiteurs des gros bras avec en prime les accuser d'un manque de civisme, elle a poussé un peu loin la cannette la mémère. Une quiche qui, auparavant, mijotait dans le yaourt, oser incriminer de cette manière ceux qui font bouillir la marmite, à mon humble avis, elle va se prendre un grand coup de pelle dans la tronche et elle l'aura bien cherché. Ouille, ouille, ouille ! l'andouille !

            Je dis ça, je dis rien. Tout ça, moi, c'est pas mon problème. J'ai bien cultivé ma soupe, que les Gaulois se débrouillent entre eux ! Hier, vous étiez tenus de respecter le confinement sous peine de ramasser un beignet. Il a tout de même fallu que la police sévisse pour empêcher les imbéciles de se pavaner au soleil, de profiter de la plage ou de faire un petit tour à vélo. Dur, dur de faire comprendre aux égoïstes la différence entre congés et danger, et le risque d'engorger les urgences suffisamment saturées par d'éventuelles blessures occasionnées au cours de leur soudaine pratique sportive ou de leur promenade familiale. Aujourd'hui, alors que la prune a triplé pour les contrevenants, déjà, certains bons samaritains s'insurgent contre le coût de l'infraction dont le montant trop élevé risque d'empêcher les petits budgets de s'offrir les saucisses à griller sur le barbec'.

            Quel festin ! Quand j'aurai mis le paquet, vous rigolerez moins les copains.

            La connerie est universelle ! C'est pourquoi mon prochain déplacement se fera probablement vers le Royaume-Uni. Uni, le royaume ? Bof ! Tu vas voir ! Les portes grandes ouvertes que m'offre leur Lord ébouriffé va faire mal. Merci Boris, j'adore le roastbeef ! Ça va couiner à Buckingham !

            Comble de la stupidité, et là honnêtement, le comportement débile de certains êtres humains n'est pas loin de battre ma perfidie. Vos chefs vous demandent de faire votre marché en respectant les consignes. Bon ce n'est pas terrible comme conseil, je vous l'accorde, mais êtes-vous pour autant obligés de vous entasser entre les étalages ?  À part la connerie qui vous habite, qu'est-ce qui vous pousse à triturer la marchandise avec les doigts qui vous ont servi de gratte-cul une minute avant ? Si vous continuez, je vais être contraint de déclencher une sélection naturelle. Les jean foutre, les emmerdeurs, les cons, les imbéciles, les dégénérés, les blancs becs, les bronzés, les peignes-culs, les fouteurs de merde, ( j'arrête là parce que je vais être taxé de racisme et ma famille n'aime pas ça, chez nous aucune distinction.) bref, toute la race à poux et j'en passe, hop, à la casserole !  

            Quand je vois tous ces lobotomisés s'empresser de faire leurs valises  et quitter leur ville pourrie pour s'entasser dans le prochain train ou dans leur bagnole en simulant un déplacement urgent afin de respirer leurs racines ou repeindre leur résidence secondaire sur le littoral ou à la montagne, j'applaudis, je jubile, je bande ! Le copier-coller de l'immigration milanaise en Sicile ! Sauf que là, c'est un exode citadin vers les îles où, soudainement, Maurice ne sera plus gênant au réveil. Maurice !... Le coq !... Mais si... le coq qui chante en Ré !

            L'exode rural à l'envers quoi ! C'était écrit.

            À tous ceux-là qui ne juraient que par les avantages de mener une vie citadine dans l'aisance parmi les commerces chicos, les hypers super-pratiques, les cinémas, les théâtres, les musées, les boulevards, les rues piétonnes, les boîtes de nuit ou à cul, quitte à étouffer dans une cage à poule à dix mille balles le mètre carré, ayez au moins la décence, aujourd'hui, d'en accepter l'inconvénient sans envier le grand air et la campagne que jusqu'alors vous méprisiez tant. C'est si difficile de rester dans son appart' ?

            Trois jours enfermés et ils pètent les plombs les pauvres chéris. C'est ignoble !

            « C'est la guerre, tous aux abris, un ennemi nous canarde mais il faut qu'on sorte prendre l'air, sinon on va tous péter un plomb et il n'y aura pas assez de psy pour  tout le monde ! Si je ne peux pas faire mon jogging quotidien, offrez-moi au moins une cellule psychologique ! Au secours ! » 

            Laissez-moi rire ! La guerre du canapé ! C'est vrai que c'est vachement plus abominable que de crever les tripes à l'air dans les tranchées. Retrouver les joies du regroupement familial est beaucoup plus monstrueux que de pourrir entassés par milliers dans les camps d'extermination. Résister à l'agresseur devant sa télé avec une bonne bière est un acte de courage bien plus intense que de risquer la torture et le poteau d'exécution. Un plateau-télé c'est bien autre chose que de bouffer du gaz moutarde. Une capote à la belote c'est plus déchirant  que de sauter sur une mine. Confiné dans son appartement c'est terrible par rapport au ghetto de Varsovie. Une semaine dans son salon avec des mômes chiants, c'est horrible, comparé à cinquante personnes terrées pendant des mois dans les caves pour se protéger des bombardements.

             Bandes de cons ! Vous la voulez l'armée ? Vous allez l'avoir !

             Dans une guerre, il y a des règles ! Combattre dignement l'adversaire est l'une de celles-là, je l'admets. Mais là, pour le coup, je suis écœuré ! À vous, mon ennemi, je suis obligé de dire que vous ne savez pas vous battre. Je m'attaque à qui je veux, où je veux, quand je veux. Votre principale défense est de rester aux abris. Pourquoi chercher à me transporter à l'aveugle sur n'importe qui ? Les fanfarons sont mes cibles préférées !  Ce sont des idiots ! Des irresponsables, des assassins ! Ils ajoutent une surcharge de travail inutile à la tâche laborieuse des personnels médicaux et de secours. Dans ces lieux de soins où parfois, doit être fait le choix  drastique de qui doit vivre ou qui doit mourir ! Je n'ai pas voulu tout cela. Le virus tueur c'est moi ! Sans vous je suis mort. Vous comprenez ça ?

            Je n'ignore pas être en sursis et que les nobles chercheurs réussiront à me détruire. Auparavant, vous devrez vous battre encore. Pas seulement contre moi, mais contre votre propre vie, contre la société que vous avez fabriquée sans vous soucier des dégâts collatéraux, sans vous préoccuper des conséquences de votre égocentrisme. Plus rien ne devait vous arriver. Vous pensiez maîtriser tous les éléments, atteindre les étoiles, vider la terre de sa substance sans aucune représailles ? Pour quoi ? Pour satisfaire bassement quelques besoins matériels minables, vos téléphones portables, vos bagnoles, vos fringues, vos vacances à Tataouine, le tout renouvelé très vite pour ne pas paraître plus con que votre voisin, sans vous soucier où toutes vos merdes sont fabriquées, comment, par qui, dans quelles conditions et où sont-elles rejetées ?

            Ah, c'est pas votre faute ! Vous n'y êtes pour rien! Comme d'habitude !

            Et le flouze, le blé, l'oseille, le grisbi ? Vous l'aimez pas la caillasse ?  

Bandes d'hypocrites ! Jamais assez, la tour de Babel, le veau d'or ! Vous savez comment il va finir votre veau d'or ? En cendres, en miettes, en poussière ! Il va crever, votre serpent monétaire. Coupé, le cordon de la bourse.

             Ma déclaration de guerre a fait des victimes, beaucoup trop de victimes et j'en suis désolé mais je vous avertis, elle n'est rien à côté de l'effondrement qui se prépare.

            Moi, je ne suis qu'un produit de la nature destiné à faire un sale boulot pour ensuite être exécuté à mon tour, c'est ma destinée, je l'accepte. Il y a une chose que je ne regretterai pas, c'est le rappel à l'ordre que mon action vous inflige, le coup de pied au cul qui va vous sonner. Ah ça fait mal ! Peut-être va-t-il enfin vous réveiller ? Auquel cas, il y aura au moins eu une bonne action dans ma putain d'existence. Peut-être redécouvrirez-vous l'importance des vraies valeurs, le goût des choses simples, de la dignité, du respect d'autrui ? Peut-être aurez-vous enfin de la considération pour votre mère la terre, qui vous survivra, quoi que vous fassiez.  Pensez-y ! Vous avez tout pour que la vie vous soit belle et agréable.

            Dans tous les pays, à cause de moi, vos rues, vos villes, vos campagnes sont désertes. Je vais continuer ma ronde sur d'autres continents. Ne m'obligez pas à  redoubler de férocité. Votre bêtise ne fait que me vivifier. Pensez à vos proches, pensez à vous. Ça vous fait drôle d'entendre votre ennemi plaindre vos misères ! Évidemment, vous n'avez rien à faire de ma compassion. Apprenez que je ne me rends pas, mais que je fuis. Normal pour un lâche ! Je sais qu'un jour, l'un d'entre vous m'atteindra en plein cœur, moi, Covid Corona, mais dites-vous qu'après ma destruction, il vous faudra vous relever de ce chaos. Il vous faudra revoir votre copie. Tous ! Grâce à moi, la terre, cette chère bonne vieille terre s'est arrêtée. Il fallait bien que ça arrive un jour, c'est tombé sur moi. Vous ne vous y attendiez pas à celle-là, hein ? Avouez-le ! Avant, vous la faisiez tourner à l'envers et ça paraissait vous convenir. Désormais vous allez devoir la remettre en marche et dans le bon sens. Non pas une marche républicaine mais une marche respectueuse et louable qui vous mènera vers celle que je vous ai volée: la vie.

            Allez, au boulot !

            “La haine doit être vaincue par l'amour et la générosité.” disait l'un de vos philosophes (Spinosa) Avant de partir, je voulais m'incliner devant le courage de toutes celles et de tous ceux qui risquent leur peau pour vous sauver.

            Chapeau bas! Vous avez déjà gagné. Je me retire.

            Ah ! J'allais oublier. Un truc que je ne devrais pas vous dire. Je crois que sur les bords de la Méditerranée, il y a un sorcier à la toison étrange qui aurait trouvé une arme destinée à m'anéantir mais il n'est pas entendu. Son look ne plaît pas aux couards de salons. Il semblerait que sa potion risque de priver certains mange-tout d'un éventuel festin colossal à moins que, par sécurité ou par trouille, personne ne veuille engager la distributon des bonbons. Pour l'instant, il est seul contre tous. Et s'il avait raison ? Vous avez connu d'autres irréductibles qui ont lutté contre vents et marées pour sauver leurs semblables. Rappelez-vous... Winston, le Vieux Lion... Le Grand Charles... Tintin ? Oui si vous voulez... Buffalo Bill peut-être...

            Oh Bonne Mère ! J'ai l'impression que ce "Fou Furieux", infectiologue reconnu tout de même, va me courir aux fesses avec ses caramels à un franc d'après-guerre dès que les gratte-papiers lui auront donné le feu vert ou que les pirates seront résignés à abandonner la chasse au trésor. Je suis donc en sursis. Mais que de temps perdu ! Décidément, il vous faudra toujours attendre qu'un héros sorte de nulle part pour vous extraire de la merde dans laquelle vous vous êtes plu à respirer. Dépêchez-vous les Gaulois, parce que c'est là-dedans que vous me fabriquez.

            Capito ?

            En attendant,  je vole vers d'autres humains en espérant avoir disparu avant que les comptes ne soient réglés à O.K Corral.

 Ciao !

Covid Corona

 

 

 

 

 

S

Ravi de découvrir dans le dernier numéro du magazine d'infos du département VOSGES-MAG la présentation de mon dernier roman "Derrière la toile".

Merci à la rédaction, merci Vosges-mag.

Merci au magazine "Montagnes des Vosges" de présenter dans les colonnes de l'édition de décembre mon roman "Derrière la toile". Merci à leurs auteurs,particulièrement Claude Vautrin et Bernard Visse, amis des livres, pour leur soutien et leur aide indéfectible à la culture.

Merci Elise...

Quel honneur de lire sur le blog de la célèbre auteure Elise Fischer à  propos de deux de mes ouvrages " Mystérieuse Flore" et le dernier paru "Derrière la toile".

Voici ce qu"elle écrit:

"J’avais eu le plaisir de rencontrer René Vincent-Viry à La Bresse, dans ses terres lorsqu’avec une troupe théâtrale, avaient été mises en scène quelques pages d’un de mes ouvrages. Ce fut une rencontre avec un artiste, un peintre, un romancier aussi puisqu’il m’avait confié Mystérieuse Flore,un roman ayant pour décor ses chères Vosges avec une histoire transportant une héroïne en quête de vérité sur ses origines jusque dans les forêts les plus sombres, là où pendant la guerre les êtres n’étaient ni totalement des héros ni complétement des salauds (il y en avait pourtant). J’avais apprécié.

Il nous revient avec Derrière la Toile et le titre en dit long sur l’art qui habite l’auteur. Voici Fred et Lola… Fred, artiste peintre qui ne pense qu’à sa peinture et Lola désespérée qui fuit, car elle a l’impression de n’être rien qu’une couche de peinture, une matière utile. Fred n’a rien vu venir. C’est parfois l’absence qui fait prendre conscience de l’importance de ce qu’on a perdu. La peinture lui sera-t-elle un refuge ? Il veut y croire… et l’ouvrage montre l’artiste en train de chercher la couleur chair à défaut d’avoir perdu celle de l’être aimée. De bien belles pages !

Et comment fait-on pour oublier, se guérir ? On boit… On s’assomme jusqu’à sombrer… Petit miracle on peut se retrouver en compagnie de grands maîtres, Monet, Cézanne, Picasso… De quoi crever la toile…

L’amitié peut naître entre ces maîtres du pinceau et celui qui se cherche. Il ne faut pas chercher à comprendre dans quel monde l’auteur nous emporte. L’artiste qui est de notre époque, initie les anciens aux DVD et Internet. Reste un commissaire au nom illustre de Fragonard qui s’interroge… Lola revenue de sa fuite voudrait comprendre.

Ces pages se laissent lire et font plaisir. Ne les manquez pas ! Elles révèlent les couleurs de la vie."

 

Très touché. Merci Elise, continuez de nous émouvoir.

https://liliaufildespages.home.blog/page/1/

 

"DERRIÈRE LA TOILE"
Mon dernier roman est désormais disponible en librairie, dans tous les kiosques et les espaces culturels. 

Aux côtés de mes précédents ouvrages, j'ai et aurai encore le plaisir de le présenter sur les divers salons de la rentrée littéraire ainsi que dans les divers évènements consacrés à la littérature: Le Livre sur la Place à Nancy, Festival International de géographie  à Saint-Dié-des-Vosges, Le Grenier des Mots à Thaon-les-Vosges, Les Rencontres littéraires et artistiques à Mirecourt, Salon du Livre à Colmar, Fantastic'Arts à Gérardmer. 

Pour en lire plus, cliquez ci-dessus, sur la rubrique ECRITURE...